IL était neuf heures du soir. Dans la maison du pont de bois où nous avons déjà introduit nos lecteurs; Catherine de Médicis et l'astrologue Ruggieri attendaient le chevalier de Pardaillan auquel, on s'en souvient, le Florentin avait donné rendez-vous.

La reine écrivait à une table, tandis que l'astrologue se promenait à pas lents, venant de temps à autre jeter un coup d'oeil sur ce que Catherine écrivait, sans chercher d'ailleurs à cacher cette indiscrétion, mais comme un homme qui a le droit d'être indiscret—ou qui le prend.

Un monceau de lettres déjà cachetées étaient entassées dans une corbeille. Et Catherine écrivait toujours. A peine une lettre finie, elle en commençait une autre.

La prodigieuse activité de cette reine se dépensait ainsi.

C'est ainsi qu'après une lettre de huit pages serrées où elle exposait à sa fille, la reine d'Espagne, la situation des partis religieux en France et où elle demandait de décider le roi d'Espagne à intervenir, elle écrivait à Philibert Delorme, son architecte, pour lui donner des indications sur le palais des Tuileries; puis elle écrivait à Coligny en termes caressants pour l'assurer que la paix de Saint-Germain serait durable; puis elle achevait un billet à maître Jean Dorât; elle écrivait ensuite au pape, puis au maître de cérémonies pour lui dire d'organiser une fête. De temps à autre, et sans s'interrompre, elle jetait un mot bref.

—Ce jeune homme viendra-t-il?

—Certainement. Mais que voulez-vous faire de ce spadassin?

Catherine de Médicis posa la plume, jeta un profond regard sur l'astrologue et dit:

—J'ai besoin d'hommes, René. De grandes choses sont en l'air. Il me faut des hommes... et surtout j'ai besoin d'un bon spadassin, comme tu dis.

—Nous avons Maurevert.