—Fatalité!... Mon fils vivant!... La preuve de l'adultère aux mains de mon implacable ennemie!...
—Elle ignore, sans aucun doute! balbutia Ruggieri.
—Tais-toi! Tais-toi! gronda-t-elle. Puisque c'est Jeanne d'Albret qui a élevé l'enfant, c'est qu'elle sait!... Comment? Je l'ignore! Mais elle sait, te dis-je! Oh! tu vois qu'il faut qu'elle meure! Ah! Jeanne d'Albret! Il ne s'agit plus de savoir si c'est ta race ou la mienne qui régnera... De toi à moi, c'est une question de vie ou de mort!... Et c'est toi qui mourras!...
Après ces paroles qui lui échappèrent, rauques et sifflantes, Catherine de Médicis s'apaisa par degrés. Elle redevint la froide statue... le cadavre qu'elle semblait être au repos...
—Parle! dit-elle alors. Quand et comment as-tu su la chose?
—Hier, madame, je sortais de chez ce jeune homme...
—Celui qui l'a sauvée?
—Oui, ce Pardaillan. Au moment où je quittais l'auberge, je demeurai pétrifié par une sorte de vision qui tout d'abord me stupéfia: un homme venait vers moi. Et, chose effrayante qui fit dresser mes cheveux sur ma tête, cet homme, il me sembla que c'était moi! Moi-même! Moi qui marchais à l'encontre de moi! Mais moi tel que je devais être il y a vingt-quatre ans! Ma première pensée fut que je devenais fou. Ma deuxième fut de couvrir mon visage. Car, si cet homme m'avait vu, il eût sans doute éprouvé la même impression que moi... Quand je revins de ma stupeur, je le vis qui entrait à l'auberge que je venais de quitter... J'étais bouleversé, Catherine!... Si vous aviez vu comme il avait l'air triste!...
—Palpitant, je rentrai dans l'auberge, je montai l'escalier à pas de loup, je rejoignis le jeune homme... je le vis entrer chez ce Pardaillan d'où je sortais... je collai mon oreille à la porte... J'entendis toute leur conversation... et de cet entretien, Catherine, est sortie pour moi la preuve implacable que c'est lui! que c'est notre fils! jadis recueilli, sauvé, puis élevé par Jeanne d'Albret!...
—Et lui... se doute-t-il?