Une heure plus tard, François pénétrait dans le manoir de Montmorency... Il avait remis la jeune épousée toute en pleurs aux mains de la nourrice, confidente de leurs amours, et, serrant Jeanne dans ses bras, il lui avait dit qu'il serait de retour près d'elle à la pointe du jour, dès qu'il aurait salué son père dont un cavalier lui avait annoncé l'arrivée.
Lorsque François entra dans la salle des armes, il vit le connétable Anne de Montmorency assis dans un somptueux fauteuil surélevé de trois marches. Cinquante capitaines immobiles à ses côtés attendaient en silence.
François n'avait pas vu son père depuis deux ans. Il s'avança jusqu'au pied du trône.
Près de ce trône, se tenait Henri, arrivé depuis un quart d'heure. Il était blême et tremblant.
A quoi songeait ce jeune homme de vingt ans?
François de Montmorency ne vit pas le sanglant regard de son frère; profondément, il s'inclina devant le chef de famille. Le connétable, voyant la forte carrure de son aîné et sa taille vigoureuse, eut un sourire: ce furent toutes ses effusions paternelles.
Alors, sans un geste, il parla, tranquille et terrible:
—Écoutez-moi. Vous savez le désastre qu'a subi l'empereur Charles Quint sous les murs de Metz, au dernier mois de décembre. Le froid et la maladie, en quelques jours, ont détruit sa grande armée de soixante mille hommes d'armes et reîtres... Tous nous jugeâmes alors que c'était la fin de l'Empire! L'Espagnol détruit, le huguenot écrasé par moi dans les pays de langue d'oc, la paix semblait assurée; et, tout ce printemps, Sa Majesté Henri II l'a passé en fêtes, danses et tournois... Le réveil est terrible!
Le connétable ajouta plus sourdement:
—Oui, les éléments qui se mêlent parfois de donner aux conquérants d'effroyables leçons ont infligé à Charles Quint une mémorable défaite! Oui, l'empereur a pleuré en abandonnant ses quartiers où il laissait vingt mille cadavres, quinze mille malades et quatre-vingts pièces d'artillerie!... Mais le voila qui relève la tête!