—Peut-être aussi, reprit lentement la reine de Navarre, aurez-vous à risquer plus que la vie... peut-être vous trouverez-vous placé en présence de circonstances où vous aurez à lutter contre votre propre coeur... alors, mon enfant, c'est plus que du courage que j'attendrai de vous, c'est une magnanimité d'âme que je ne puis espérer qu'en vous...

—Quelles que soient les circonstances. Majesté, il me sera impossible d'oublier que, si je vis, c'est à vous que je le dois!

—Oui! murmura la reine pensive, il le faut! Écoute-moi, mon enfant, mon cher fils...

Alors Jeanne d'Albret, bien qu'elle fût certaine que nul ne guettait ses paroles, se mit à parler bas.

L'entretien, ou plutôt le monologue, dura une heure.

Au bout de cette heure, le comte répéta en les résumant les instructions qui venaient de lui être données.

Jeanne d'Albret le saisit, l'attira à elle et, l'embrassant au front, lui dit:

—Va, mon fils, pars avec ma bénédiction...

Déodat s'éloigna et traversa la pièce où attendaient les deux autres gentilshommes. Il jeta un rapide regard autour de lui; mais, sans doute, il ne trouva pas ce qu'il comptait voir ou revoir dans cette salle basse, car il sortit dans la ruelle, détacha un cheval dont le bridon était fixé au tourniquet d'un contrevent, se mit en selle et commença à descendre la grande côte boisée, dans la direction de Paris.

Au bout de vingt minutes, le comte de Marillac—ou Déodat, comme on voudra rappeler—atteignit un groupe de chaumières ramassées autour d'un pauvre clocher. Ce hameau s'appelait Mareil. Dans l'obscurité, le comte distingua un bouquet de chêne et de buis au-dessus d'une porte. C'était une auberge.