La reine de Navarre secoua la tête.
—Ce jour-là où j'entrai chez vous et où je vous surpris écrivant, pourquoi, Alice, avez-vous jeté votre lettre au feu?
—Madame! s'écria Alice, madame, il faut donc que je vous avoue la vérité!... J'écrivais à celui que j'aime!...
—C'est en effet ce que je supposai, et voilà pourquoi je me tus. Ce jour où un de mes officiers vous vit causant avec un courrier qui partait pour Paris, Alice... Le courrier s'éloigna précipitamment: il n'est plus jamais revenu. Pourquoi?
—Je lui donnais des commissions pour des amis que j'ai à Paris, madame! Est-ce ma faute si cet homme n'est plus revenu? Qui sait, au surplus, s'il n'a pas été tué?
—Oui, c'est bien là les différentes explications que vous avez données, et je vous crus. Cependant, il y a quinze jours, comme je vous le disais, je commençai à vous soupçonner sérieusement.
—Pourquoi, madame? pourquoi?...
—Votre insistance pour m'accompagner à Paris me remit en mémoire les faits que je viens de vous exposer, et beaucoup d'autres. Je me décidai, Alice, parce que je voulais vous mettre à l'épreuve. Vous voyez à quel point je répugnais à vous croire... ce que plusieurs de mes conseilleurs vous accusaient d'être, puisque j'ai risqué ma vie dans l'espoir de démontrer votre innocence.
—Eh bien. Majesté, vous voyez bien que je suis innocente, puisque vous vivez...
—Ce n'est pas votre faute! fit sourdement la reine. Alice de Lux, vous étiez de connivence avec ceux qui ont voulu me tuer. C'est vous qui avez voulu que la litière passât sur le pont! C'est vous qui avez ouvert les rideaux! C'est votre cri qui m'a désignée aux assassins. C'est à vous que l'un d'eux a voulu remettre ce billet au moment où la litière se renversait. Il paraît que j'étais encore moins troublée que vous, puisque j'ai vu ce billet lorsqu'il tombait sur vos genoux, puisque je l'ai ramassé sur le sol, puisque je l'ai gardé, puisque le voilà!...