—Fuyons, dit-elle avec un morne désespoir. Fuyons! C'est ici le séjour de l'horreur, du crime et de la damnation!

Alice de Lux passa une nuit affreuse. Mais telle était l'énergie morale de cette femme qu'elle ne perdit pas un instant à se lamenter.

—Lutter jusqu'au bout! dit-elle en frémissant.

Si son ancien amant avait eu pitié d'elle, si le moine avait arraché à Catherine de Médicis la terrible lettre qui la faisait son esclave, son plan était de ne plus retourner au Louvre que pour dire à la reine:

—Jusqu'ici, je vous ai servie. Maintenant, je reprends ma liberté. Je ne vous demande rien que votre neutralité, je n'espère rien que d'être oubliée de vous.

Tout ce rêve de liberté, de bonheur, s'écroulait. Il fallait reprendre la chaîne. Il fallait au plus tôt se rendre au Louvre, d'après les ordres qu'elle avait reçus.

Le lendemain matin, Alice de Lux avait repris son visage impassible. Avec l'aide de Laura, elle s'habilla soigneusement et, accompagnée de la vieille femme, se rendit au Louvre.

Bientôt elle parvint dans les appartements privés de la reine. Catherine de Médicis fut prévenue que Mlle Alice de Lux, de retour d'un long voyage, sollicitait l'honneur de lui présenter ses devoirs. Elle fit répondre qu'elle recevrait Alice dès qu'elle serait libre et que sa fille d'honneur eût à ne pas s'éloigner du Louvre tant qu'elle ne l'aurait pas vue.

Catherine était en effet en conférence avec son confident, son ancien amant, son véritable ami, l'astrologue Ruggieri.

Catherine avait pleine confiance dans la science de Ruggieri. Et Ruggieri lui-même n'était pas un charlatan. Il considérait l'astrologie comme la seule science qui valût d'être étudiée.