—Alors, poursuivit-elle, il faut que je fasse parvenir un message à la reine de Navarre... un message verbal... Et c'est toi que je charge de cette grande mission.

Alice fit un geste comme pour interrompre la reine.

—Tais-toi, continua celle-ci. Ecoute-moi bien, car tu saisis que notre temps est précieux... tu vas partir. Dans une heure, pas plus tard, dans une heure, tu trouveras à ta porte une chaise de voyage; tu mèneras grand train... jusqu'à ce que tu aies rejoint la reine... Je vais te charger d'une double mission... la première, ce sera de présenter à la reine, avec toute la délicatesse nécessaire, les offres que je t'exposerai dans un instant... la deuxième, ce sera, selon les dispositions où tu la trouveras, de lui offrir... ou de ne pas lui offrir... un cadeau... un petit cadeau... qui devra venir de toi-même, tu entends... je n'y veux être pour rien... oh! rassure-toi... ce cadeau... ce sera facile... c'est simplement une boîte de gants... Tais-toi, je sais tout ce que tu pourrais objecter... tu diras, tu inventeras ce que tu voudras pour expliquer que tu sois chargée par moi du message... quant aux gants, je n'y suis pour rien... c'est toi qui les as achetés à Paris pour faire plaisir à ta bienfaitrice...

—Je supplie Votre Majesté de ne pas aller plus loin...

—Elle a déjà compris les gants! songea Catherine. Et elle a peur!...

Rapidement, elle retira le premier compartiment du coffret aux bijoux. La deuxième rangée apparut.

—Laissons-la respirer cinq minutes! poursuivit la reine en elle-même.—Que dis-tu de cela, ma petite Alice? fit-elle à haute voix.

—Cela?... Quoi?... ce que vous disiez, madame, balbutia Alice en passant une main sur son front.

—Eh! non... cela!... ces rubis! Regarde donc, voyons!

—Sur la deuxième rangée qui venait d'apparaître, rutilait un large peigne d'or que couronnaient six gros rubis dont les feux sombres et somptueux incendiaient la nuit du velours noir!... C'était un royal bijou.