Or, par maint tour et détour et après mainte station en divers cabarets plus ou moins mal famés, il se dirigea vers l'hôtel de Montmorency et, tout en s'affirmant qu'il n'y entrerait pas, heurta le marteau de la grande porte.
Ce ne fut pas la grande porte qui s'ouvrit, mais la porte bâtarde. Il en sortit un Suisse gigantesque armé d'une trique.
—Que voulez-vous? ronchonna ce colosse en agitant son bâton de l'air le moins pacifique du monde.
Le chevalier examina le Suisse depuis ses larges pieds jusqu'à son toquet garni de plumes; mais pour apercevoir ce loquet, il dut lever la tête.
—Mon enfant, je voudrais parler à ton maître...
Rien ne saurait dépeindre la stupeur, l'effarement et l'air de majesté offensée du digne Suisse.
—Vous dites? bégaya-t-il.
—Je dis: Mon enfant, je voudrais parler à ton maître, le maréchal.
Le Suisse demeura abasourdi. Puis il s'élança, la trique haute, avec un rugissement de vengeance.
Pardaillan, souple et léger comme une tige d'acier, fit un bond de côté. Emporté par l'élan, le Suisse administra dans le vide un formidable coup de bâton. Mais il n'avait pas plutôt exécuté ce mouvement qu'il sentit que la trique lui était arrachée des mains avec une irrésistible puissance; en même temps, Pardaillan la lui plaçait en travers des jambes; le géant trébucha, trembla sur ses assises, battit l'air de ses bras et finalement s'étala de son long en travers de la rue...