—Vous me reconnaissez, madame?

Jeanne de Piennes se plaça résolument devant Loïse. Le rouge de la honte empourpra son front. Elle dit:

—Comment osez-vous paraître devant cette enfant?

—Je vois maintenant que vous me reconnaissez! fit le maréchal. Je m'en félicite. Je vois que je n'ai pas trop vieilli, comme on me le disait récemment... tenez... quelqu'un dont vous avez dû garder le souvenir... M. de Pardaillan!

Loïse laissa échapper un cri plaintif et se couvrit le visage des deux mains.

L'exaltation du sentiment maternel transporta Jeanne aux dernières limites de l'audace et décupla ses forces.

—Monsieur, dit-elle d'une voix très pure et très calme, vous avez tort d'évoquer devant ma fille d'aussi odieux souvenirs. Allez-vous-en, croyez-moi. Vous avez commis une dernière lâcheté en nous arrachant au pauvre bonheur qui me restait!

Un frisson de fureur agita Montmorency. Ses poings se crispèrent. Mais il se contint.

—Oui, fit-il en hochant la tête, vous voilà bien telle que je vous ai toujours vue; toutes les fois que je me suis trouvé en votre présence, c'est de la haine ou de la terreur que j'ai lue sur votre visage... J'ai à vous parler, madame. Et, comme vous, je pense qu'il est convenable que notre entretien demeure de vous à moi. Je prie donc votre fille de se retirer.

Loïse jeta un de ses bras autour du cou de Jeanne.