Un indicible espoir le faisait palpiter. Il saisit la main de la jeune femme.

—Ecoute, dit-il en laissant déborder sa passion: nous irons où tu voudras. Nous pouvons être heureux encore. Je suis capable d'un effort d'amour tel que j'anéantirai le passé dans mon esprit, le mépris dans mon âme, et que j'en arriverai à te considérer comme la vierge pure que tu étais jadis. Mon nom, je te le donne. Ma fortune est à toi. Ma vie, je te la livre. Tu veux bien, n'est-ce pas?

—Non, répondit Alice.

—Non? gronda le moine.

—Ecoutez, Clément, dit-elle avec une gravité, une tranquillité qui n'étaient peut-être qu'un excès de désespoir. Vous me torturez en me faisant ces propositions qui tiennent du rêve irréalisable...

—Pourquoi rêve? Pourquoi irréalisable? Doutes-tu de la puissance de mon amour?

—Je ne doute pas de ton amour. Clément! Je te crois capable d'oublier!... Mais, de nous deux, il y a quelqu'un qui jamais n'oubliera... c'est moi!

—Que veux-tu dire?

—Que j'aime! cria-t-elle dans un éclat farouche. Que j'aime au point d'être scélérate et criminelle, et que, le jour où je dirai adieu à mon bien-aimé, je dirai adieu à la vie!... Je mourrais désespérée si je mourais loin de lui!...

Elle avait un éclair de folie dans les yeux.