—Eh! monseigneur, on voit que vous avez bien dormi, vous. Mais moi qui ai couru toute la nuit, vous comprenez?... Enfin, bref, voici la chose. A peine étions-nous à deux cents pas de l'hôtel que le coup de pistolet a retenti. La voiture file, je me précipite. Et je vois un grand gaillard qui courait à toutes jambes pour vous rattraper. Je le rejoins. Je me mets entre la voiture et lui.
—Au large! me crie-t-il.
—Bon! bon! lui répondis-je, si vous êtes pressé, l'ami, tâchez de passer. Moi, je ne bouge plus d'ici.
—Il ne dit plus rien et fonce sur moi. Tudiable, quels coups!... Voyant que le gaillard était déterminé et paraissait de première force, je lui sers quelques-unes de mes meilleures bottes, mais sans l'atteindre. Tout à coup, il fait un bond de côté. Le coquin m'échappe. Il n'avait pas peur, mais voulait faire un crochet pour rejoindre la voiture...
—Il ne l'a pas rejoint? s'écria le maréchal inquiet.
—Attendez, monseigneur. Le voilà reparti à courir. Je recours derrière lui. Je n'ai pas tardé à le rejoindre d'assez loin, il est vrai, mais sans pouvoir mettre la main sur lui...
—Il vous a échappé!
—Attendez donc! Voilà mon coquin qui franchit le fleuve.
Le maréchal respira. Pardaillan s'aperçut qu'il était, dès lors, rassuré.
—Bon! songea-t-il. La voiture n'a pas franchi les ponts. C'est toujours cela que je saurai. Alors, continua-t-il à haute voix, commence une longue chasse qui ne s'est terminée qu'au petit jour. Nous avons parcouru l'Université en tous sens. Et, pour en finir, j'ai fini par acculer le gibier près de la porte Bordet. Voyant qu'il est pris, il fait face bravement et me présente sa pointe. Là-dessus, je lui sers ma botte des grands jours, vous savez, monseigneur, celle que je vous enseignai jadis?... Et je le cloue du premier coup!... C'est dommage, car c'était un brave.