—Ah! madame, vous m'avez demandé quelle est mon affection pour ma reine. C'est celle d'un fils! Je ne suis pas un gentilhomme, moi! J'ignore qui fut mon père. Qui suis-je, moi? Moi, que vous voulez faire monter sur un trône! Un enfant trouvé, madame! Une femme, une seule, a eu pitié de moi. Cette femme m'a ramassé, m'a pris dans ses bras, m'a emporté, m'a élevé à l'égal de son fils; cette femme, c'est une véritable mère... c'est ma reine... c'est la grande et noble Jeanne d'Albret... Un dernier mot, quant à ma véritable mère, celle qui m'a abandonné, ce que je puis souhaiter pour elle, c'est de ne jamais la connaître!...

Le comte de Marillac, en disant ces mots, se recula, croisa les bras sur sa poitrine et attendit. Mais il connaissait mal la reine. Sans émotion apparente, sans qu'un pli de son visage eût tressailli, elle se contenta de hocher la tête.

—Je comprends, monsieur, dit-elle, je comprends tout ce que vous avez dû souffrir, et je comprends aussi votre affection pour ma cousine d'Albret. Je vois qu'on ne m'avait pas trompée. Vous êtes bien l'homme au noble coeur qu'on m'avait dépeint. Pour le moment, il suffit que vous fassiez tenir à la reine les propositions que j'ai formulées...

Selon l'usage, Catherine, en donnant ainsi congé au comte, lui tendit sa main à baiser. Mais, sans doute que le jeune homme ne vit pas ce mouvement. Car il se contenta de s'incliner profondément.

Ruggieri fit un mouvement pour l'accompagner. Mais Catherine le retint d'un regard. Dès qu'elle eut compris que Marillac avait atteint la salle du rez-de-chaussée, elle saisit la main de l'astrologue.

—Il sait! dit-elle.

—Je ne crois pas! balbutia Ruggier!...

—Et moi, je te dis qu'il sait! Allons, vite, le signal!...

—Madame! madame! c'est notre enfant!...

Violemment, elle l'entraîna à la fenêtre qu'elle ouvrit.