Le vieux Pardaillan, cependant, ne bougeait plus. Il perdait beaucoup de sang par ses blessures, et, en somme, il risquait de mourir là d'épuisement. Mais ces vieux reîtres avaient l'âme chevillée au corps. Au bout d'une heure d'évanouissement, le corps étendu au bas de l'escalier commença à remuer les bras, puis les jambes; puis la tête se redressa; puis, enfin, ranimé par la fraîcheur de la cave, le routier se souleva, s'assit, passa ses mains sur son front.
Enfin, il put penser. Et sa première pensée fut:
—Tiens! Je ne suis pas mort?
Soudain, l'une de ses mains se posa sur quelque chose de frais, de poussiéreux, de rond, ou plutôt de cylindrique.
—Une bouteille! s'exclama-t-il. Est-ce possible?... D'un coup sec appliqué au hasard sur le sol, le goulot de la bouteille sauta.
Pardaillan se mit à boire avec délices: ce qu'il buvait, c'était un vin frais, généreux, capiteux, doux au palais, chaud au coeur.
Déjà l'effet du vin généreux se faisait sentir. Pardaillan comprenait que ses forces lui revenaient, avec les forces, la mémoire.
—C'est bon! fit-il en hochant la tête. Puisque je n'ai pas été tué, puisqu'ils ne sont pas descendus m'achever ici, voyons à prendre des forces. Et d'abord, où en suis-je?
Là-dessus, Pardaillan, qui s'y connaissait certes mieux qu'un chirurgien, se mit à se palper, à se visiter longuement.
Le résultat de cet auto-examen fut celui-ci: