—C'est bien, dit Jeanne d'Albret, demain je partirai pour Paris...

—Madame! balbutia le comte avec angoisse.

—Nous partirons ensemble, reprit la reine. Vous prendrez le commandement de mon escorte. Allez, comte...

Le jeune homme sortit en titubant... Dehors, il respira péniblement, s'arrêta quelques minutes...

—Mais, rugit-il au fond de lui-même, il y a donc une vérité sur Alice? Quelque chose que j'ignore?

Il rentra, brisé par la fatigue morale plus encore que par la fatigue physique, dans l'hôtellerie où il était descendu.

Lorsqu'il se présenta à la reine de Navarre, celle-ci put juger des ravages qui s'étaient faits dans l'esprit de Marillac. Ses traits s'étaient durcis. Sa parole était devenue brève et rauque.

—Que va-t-il devenir lorsqu'il saura? songea la reine.

Elle évita soigneusement de parler d'Alice et donna au comte ses instructions pour que l'on pût partir dans la journée même.

—Nous allons à Blois, dit-elle en terminant. Puisque Charles me donne rendez-vous dans cette ville, je ne veux pas fuir la conférence qu'il m'offre. De Blois, nous irons à Paris, quel que soit le résultat de la conférence. Nous irons officiellement si la paix se fait, nous irons secrètement dans le cas contraire...