—Voici la fin de la fin! s'écria le vieux Pardaillan dans un suprême éclat de rire.
En même temps, il portait deux ou trois coups de pointe.
—Adieu, Loïse! murmura le chevalier dans un frémissement de tout son être, en fermant un instant les yeux.
Et, lorsqu'il les rouvrit, ces yeux, il demeura pantelant, ébloui, extasié, frappé d'un étonnement surhumain, rêvant qu'il était mort ou que, dans le vertige de l'angoisse, une consolante et radieuse apparition lui était survenue pour le conduire aux portes de l'infini. Et voici ce qu'il voyait:
Les pointes des épées menaçantes qui étaient à un pouce de sa poitrine s'étaient relevées ou abaissées. Les assaillants reculaient à droite et à gauche, étonnés, fascinés, laissant libre une route bordée d'acier qui aboutissait à Henri de Montmorency à cheval, immobile, pétrifié, couvert d'une pâleur livide. Dans ce chemin, une femme vêtue de deuil s'avançait, lente et majestueuse...
—La Dame en noir! haletait le chevalier. Et, sur le seuil de la maison, devant la porte où s'élevait la barricade, devant cette porte qui venait de s'ouvrir soudain, se tenait une jeune fille, adorable dans sa pose à la fois craintive et hardie, avec ses cheveux dorés lui faisant un nimbe glorieux, son doux visage pâle,—et, du seuil élevé, elle abaissait sur le chevalier un long regard chargé d'admiration et d'effroi...
—Loïse! bégaya le jeune homme qui, d'un mouvement très doux, se mit à genoux sur le sol baigné de sang.
Deux larmes perlèrent au bord des longs cils de la jeune fille. Et son regard se voila alors d'une céleste tendresse.
—Puissances du Ciel, je vais mourir... elle m'aime!...
Le chevalier tomba à la renverse, évanoui, tandis que le vieux Pardaillan, mordant sa rude moustache grise, grommelait: