—Du diable, songeait le père, si je ne voudrais pas être blessé tous les jours pour être soigné par les mains de cette petite fille-là!
—Je suis au paradis! songeait le fils de son côté.
Par un sentiment de convenances tout naturel, c'était Jeanne de Piennes qui soignait le chevalier, tandis que Loïse s'occupait du vieux Pardaillan.
Lorsque les pansements furent achevés, le vieux routier se leva du fauteuil et, saluant, il dit:
—Madame, j'ai l'honneur de vous présenter mon fils, le chevalier de Pardaillan, et moi-même, Honoré-Guy-Henri de Pardaillan, de la branche cadette des Pardaillan, famille réputée dans le Languedoc pour ses hauts faits et sa pauvreté. Pauvres, nous le sommes, madame, avec toute la fierté qui convient; mais, par la Mort-Dieu, nous avons le coeur bien placé, et nous mettons à votre disposition les deux vies que vous venez de sauver...
—Monsieur, dit Jeanne d'une voix altérée, c'est à peine si ma gratitude, à moi, se trouve satisfaite par ce que je viens de faire...
—Je ne comprends pas, madame...
—Ne me reconnaissez-vous pas?... Reconnaissez-vous au moins ce diamant que vous avez laissé tomber dans la main de ma fille en cette nuit de douleur où je gagnais Paris?
—Je me souviens parfaitement, madame. J'ai voulu simplement dire que je ne comprenais pas votre gratitude, alors que vous devriez me haïr.
—Et voilà, monsieur, ce qui fait que moi-même je demeure profondément troublée et que mon étonnement est inexprimable. Je vois en vous l'homme généreux qui me ramena ma fille. J'avais toujours ignoré votre nom que vous m'apprenez vous-même, c'est le nom de l'homme qui avait enlevé Loïse.