Le chevalier comprit le sens exact de ce cri de douleur.

—Madame, je vous demande trois jours pour vous raconter la fin de ce que j'avais à vous dire: deux jours pour cicatriser ces coups d'épingle, un jour pour faire une démarche... Alors vous saurez quel accueil M. le maréchal a pu faire à votre lettre. Je crois, oui, vraiment, je crois que ce n'est pas à moi à dire ce que fut cet accueil.

Si mystérieuses que fussent ces paroles, Jeanne, malgré elle, en conçut un immense espoir.

On s'occupa alors d'installer les deux Pardaillan. Ce n'était pas la place qui manquait, mais les meubles faisaient défaut. Finalement, le vieux Pardaillan et son fils exigèrent d'être relégués dans une sorte de grenier abondamment garni de foin.

Ce fut donc dans ce foin que les deux hommes se couchèrent lorsque la nuit fut venue. Jamais le chevalier n'avait trouvé une couche aussi douce et jamais il n'avait eu des rêves aussi heureux dans son sommeil.

Mais le vieux Pardaillan, lui, se mit, selon une vieille habitude, à—étudier la localité, selon son mot. Cette étude l'amena à l'oeil-de-boeuf qui éclairait ce grenier et qui s'ouvrait sur la rue. Et ce qu'il vit lui fit faire une grimace.

Vingt soldats que commandait un officier étaient installés sur la chaussée. Ils avaient allumé des torches dont les reflets rouges et tristes éclairaient leurs silhouettes. La plupart d'entre eux dormaient sur la chaussée même, roulés dans leurs manteaux. Mais quatre, appuyés sur des arquebuses, demeuraient debout contre la porte.

La situation était plus terrible que jamais pour les deux indomptables aventuriers.

—Amour, amour! grommela le vieux routier en hochant la tête, voilà bien de tes coups!... Nous sommes bel et bien perdus et cette fois sans rémission!...

Là-dessus, le vieux Pardaillan s'étendit dans le foin près de son fils et, l'ayant longuement regardé dormir, s'endormit à son tour.