II
MINUIT!
Le silence et les ténèbres d'une nuit sans lune pesaient sur la vallée de Montmorency. Onze heures sonnèrent lentement au clocher de Margency.
Jeanne de Piennes s'était redressée pour compter les coups, cessant d'actionner son rouet!... Elle murmura:
—Ce soir, quand je suis rentrée, pourquoi mon père paraissait-il bouleversé?... Pourquoi, si convulsivement, m'a-t-il serrée sur son coeur? Comme il était pâle! En vain, j'ai essayé de lui arracher son secret...
Enfin, elle éteignit le flambeau, s'enveloppa d'une mante et, poussant la porte, marcha vers une maison paysanne située à cinquante pas.
Comme elle longeait une haie toute parfumée de rosés sauvages, il lui sembla qu'une ombre, une forme humaine, se dressait de l'autre côté de la haie.
—François!... appela-t-elle, palpitante.
Rien ne lui répondit... et, secouant la tête, elle poursuivit son chemin. Alors, cette ombre se mit en mouvement, se glissa vers la demeure du seigneur de Piennes, alla droit à une fenêtre éclairée; et l'homme, rudement, frappa.
Le seigneur de Piennes ne s'était pas couché. A pas lents, le dos voûté, il se promenait dans la salle, l'esprit tendu dans une recherche affreuse: qu'allait devenir sa Jeanne!