—Bah! ma reine, fit Ruggieri, laissez cette besogne au bon peuple de Paris. Tenez, le voilà qui s'apprête! Écoutez!
En effet, d'effroyables hurlements éclataient au-dehors.
Ruggieri s'était approché du treillis, suivi de Catherine.
—Je ne vois qu'Henri de Guise, haleta sourdement Catherine de Médicis.
—Regardez là-bas... au bout du pont... cette litière, derrière l'escorte... La litière ne peut plus reculer... la foule l'enserre... tout à l'heure, en arrivant ici... les rideaux vont s'écarter un instant... et ce sera bien du diable si notre ami Crucé ne reconnaît pas la reine de Navarre!...
Sur le pont, Henri de Guise s'avançait, suivi d'une trentaine de cavaliers. Il saluait du geste et du sourire, et de temps à autre il criait:
—Vive la messe!
—Vive la messe! Mort aux huguenots! répétait la multitude qui délirait.
C'était un redoutable et magnifique spectacle. Ces seigneurs de l'escorte, montés sur des chevaux splendidement harnachés, portaient des costumes éclatants où rutilaient des pierreries... mais le plus beau de tous, le plus étincelant, c'était leur chef: Henri de Guise. C'est tout au plus s'il avait vingt ans. Il était de haute taille, bien pris, avec un visage où éclatait un somptueux orgueil.
—Guise! Guise! vociférait le peuple, avec des acclamations que Catherine de Médicis écoutait en incrustant ses ongles acérés dans les paumes de ses mains.