La litière fut soulevée comme un fétu de paille par les lames de l'océan; renversée, piétinée, elle disparut...

Mais les deux femmes qu'elle contenait avaient eu le temps de sauter à terre.

—Pitié pour Sa Majesté! cria la plus jeune des deux femmes, d'une merveilleuse beauté.

—La voilà! La voilà! tonnèrent Crucé et Pezou en désignant l'autre dame, qui tenait à la main une sorte de petit sac en cuir.

C'était Jeanne d'Albret, en effet!...

D'un geste de souveraine majesté, elle ramena son voile sur son visage. Une poussée puissante, irrésistible, la jeta contre la porte de la maison en ruine avec celle qui l'accompagnait. Mille bras se levèrent. La reine de Navarre allait être saisie, broyée, déchirée...

A cet instant, Catherine de Médicis et Ruggieri, du haut de leur fenêtre, le duc de Guise, du haut de son cheval, virent un spectacle inouï, fantastique et merveilleux... Un jeune homme venait de s'élancer, balayant la foule à coups de poing, à coups de tête, à coups de coude, entrant, pénétrant comme un coin de fer, et semblant faire le vide autour de lui, par une sorte de formidable roulis de ses épaules... En un clin d'oeil, il se forma un espace entre la porte de la maison en ruine à laquelle s'appuyaient les deux femmes, et la multitude furieuse à la tête de laquelle se trouvaient l'orfèvre, le boucher et le libraire.

Alors, le jeune homme tira sa longue et solide rapière qui flamboya, et se mit à décrire un moulinet vertigineux, qu'il n'interrompit que pour lancer de seconde en seconde des coups de pointe furieux, tandis que la cohue stupéfaite, épouvantée, reculait, élargissant le demi-cercle!...

—René! gronda Catherine, il faut que ce jeune homme meure ou qu'il soit à moi!

—J'y pensais! répondit Ruggieri en s'élançant.