—Oui, mais tout le monde n'a pas votre désintéressement.
—Ce n'est que trop vrai, madame. Je crois donc que l'ami dont je vous parle et qui est d'une adresse extraordinaire à l'arquebuse pourrait bien se montrer maladroit si je n'étais là pour assurer un paiement raisonnable. Mais que Votre Majesté ne s'en inquiète pas: je possède une cinquantaine de mille livres, et avec cette faible somme...
Catherine eut un haut-le-corps. Mais se remettant aussitôt elle attira à elle une feuille de papier et y traça quelques mots.
—Monsieur de Maurevert, dit-elle, je ne souffrirai pas un tel sacrifice. Gardez vos cinquante mille livres. Quant à votre ami, voici pour lui un bon de vingt-cinq mille livres sur le trésor.
Maurevert lut le papier, le plia et le mit en poche.
—Le reste... après l'accident, dit Catherine. Vous voyez que je ne marchande pas quand il s'agit de récompenser vos amis, mais j'espère qu'il m'en sera tenu compte... Prévenez aussi votre ami que j'aurai besoin de lui...
—Contre qui, madame?...
—Je vais vous le dire. Mais il ne s'agit plus là ni du roi ni de l'Eglise. Il s'agit...»
Catherine, se déchargeant de cette souriante simplicité dont elle s'était couverte pour parler des affaires de l'État, laissa la haine éclater sur son visage.
—Il s'agit, poursuivit la reine, de deux hommes qui m'ont mortellement offensée. Sans eux, ou du moins sans l'un d'eux, nous n'en serions pas où nous sommes. Il n'y aurait plus d'armée huguenote. Il n'y aurait pas de fiançailles royales ce soir dans le Louvre. En sauvant Jeanne d'Albret, il nous a menacés, mes fils et moi, d'une ruine que toutes mes ressources pourront à peine conjurer. Mais ce n'est pas tout. Ce misérable se mêle de protéger quelqu'un qui est, dans ma vie, un obstacle terrible. Ce n'est pas tout. Par deux fois il m'a bafouée. Lui et son père, je les hais, Maurevert, et je vous donne, en vous révélant cette haine, la plus grande preuve d'estime que j'aie jamais donnée à per sonne. Tuez-moi ces deux hommes et je vous crée comte...»