«Quoi! songeait-il. D'où me vient donc tant de joie? Ai-je donc réellement douté d'Alice? Jamais! Jamais!»

Après quelques instants, pendant lesquels Catherine calcula la confiance qu'elle avait pu acquérir dans le coeur de Marillac, elle reprit:

«Maintenant, puisque j'ai promis de vous dire toute la vérité, il faut que vous sachiez pourquoi la reine de Navarre a hésité, pourquoi vous avez pu concevoir des doutes sur Alice de Lux... Il y a en effet un mystère sur cette pauvre petite... Elle craignait que la vérité n'éclatât un jour à vos yeux; cette vérité est terrible en soi, bien que la pauvre enfant n'en soit en aucune façon responsable...

—Parlez, madame, supplia le comte...

—Eh bien, Alice est une fille sans nom, sans famille. Adoptée par les de Lux, elle ne peut en réalité se réclamer de sa naissance; voilà la vérité, comte!

Cette étrange accusation proférée devant Déodat—l'enfant trouvé lui-même—était une de ces audaces comme les concevait le sombre cerveau de Catherine. N'être pas «née» était alors pour une fille un terrible malheur.

Le comte, radieux, s'écria:

—Je cours me jeter aux pieds d'Alice... Puisse-t-elle me pardonner d'avoir osé la soupçonner!

—Ainsi, comte, vous passez outre?...

—Ah! madame, murmura Marillac d'une voix basse et ardente, comment cela pourrait-il m'arrêter, alors que moi-même...