Or, ce vieux qui semblait se préparer à quelque besogne de bourreau, c'était Gilles.

Le jeune, c'était Gillot.

Expliquons, en quelques mots, comment Gillot se trouvait dans cette cave alors que la plus élémentaire notion de la prudence eût dû lui conseiller de mettre le plus d'espace possible entre lui et son digne oncle.

Gillot avait reçu du ciel un certain nombre de vices en partage. Il était poltron, cafard, libidineux, gourmand ou plutôt goinfre, paresseux, fainéant, méchant quand il pouvait, lâche par conséquent, en somme un répugnant personnage.

Mais par-dessus tout, Gillot était avare.

Il tenait cela de son oncle, qui était l'avarice incarnée.

Ce fut cette avarice qui perdit l'infortuné Gillot, de même que l'amour perdit Troie.

En effet, au moment où, après l'héroïque résistance de Gilles, qui, comme on l'a vu, s'était obstinément refusé à révéler le secret du maréchal, Gillot, pour sauver ses oreilles, avait raconté à Pardaillan en quelle maison se trouvaient Jeanne de Piennes et Loïse; à ce moment-là, disons-nous, profitant de la prostration de son oncle et de l'émotion des deux Pardaillan, Gillot s'était éclipsé sans bruit.

Il venait de sauver ses oreilles—ces larges oreilles auxquelles, d'après les dires du vieux Pardaillan, qui avait des idées spéciales en esthétique, il avait si grand tort de tenir.

Mais ce n'était pas tout, les oreilles ne constituant en somme qu'un ornement de sa figure.