«Je suis pris!» se dit Pardaillan.

—Causons maintenant, dit le maréchal en fronçant les sourcils. Mon cher monsieur, vous veniez pour m'assassiner.

—Non pas, monseigneur, je venais pour vous tuer, il est vrai, mais pour vous tuer en un combat loyal. Je comptais vous trouver seul. J'avais même prévu le cas où je vous eusse trouvé endormi. Alors, je vous eusse réveillé, je vous eusse prié de vous habiller, et je vous eusse dit ceci: «Monseigneur, vous gênez terriblement quelques braves gens qui ne demandent qu'à vivre heureux et tranquilles et que vous avez résolu d'occire. Vous avez fait assez de mal dans votre vie. Et c'est vous rendre un signalé service que de vous empêcher d'en faire encore. Voici votre épée, voici la mienne. Défendez-vous bien, car j'ai la prétention de ne pas sortir d'ici sans vous avoir tué.» Voilà ce que je vous eusse dit, monseigneur. Et je suis prêt à vous le redire. Vous ouvrirez ces trois portes. Il y aura de nombreux témoins pour affirmer que Mgr Henry de Montmorency, maréchal duc de Damville, n'a pas été assassiné, mais bien tué légalement par la grâce de Dieu et de ma rapière.

Le maréchal était une véritable bête féroce; mais il avait le culte du courage.

L'attitude paisible et narquoise de Pardaillan, ce sourire qui hérissait sa moustache, sa tranquillité parfaite dans une aussi terrible conjecture, firent donc sur lui une profonde impression.

—Monsieur de Pardaillan, dit-il, vous n'avez pas prévu le cas où c'est moi qui vous eusse tué....

—C'était impossible, monseigneur. J'avais tous les avantages. Je ne vous dirai pas que votre cause est mauvaise et la mienne juste; mais je vous dirai qu'au métier des armes c'est le plus audacieux qui l'emporte, et je suis sûr d'être plus audacieux que vous.

—Soit, mais vous n'avez pas prévu le cas où je n'eusse pas voulu vous accorder l'honneur de me battre avec vous.

—Nous nous sommes expliqués là-dessus, à notre rencontre des Ponts-de-Cé, monseigneur; je crois vous avoir prouvé que mon épée vaut la vôtre.

Le maréchal se leva, pensif, et fit quelques pas dans la salle, non sans surveiller du coin de l'oeil les mains de son adversaire.