—Mais à des personnes qui, elles, n'auraient peut-être pas votre générosité!... A M. de Montmorency, par exemple!
—Et quand cela serait! fit Pardaillan. Vous parliez de vos droits! N'ai-je pas celui de vous traiter en ennemi? N'ai-je pas le droit de donner cette arme à votre frère? C'est plus qu'un droit. Comment! vous séquestrez la fille du maréchal de Montmorency... et je ne parle pas de l'infortunée dame de Piennes! Je prends seulement les choses où elles en sont: vous faites fermer les portes de Paris au maréchal; vous le tenez prisonnier, lui et les siens, et nous, par conséquent! C'est donc que vous préparez le dernier coup qui doit nous écraser tous!... Je vous le déclare, monseigneur, je n'aurais pas le courage de me faire votre dénonciateur, j'ai du moins pensé que je devais tout dire au maréchal votre frère, afin qu'il puisse au moins se défendre...
—Vous avez fait cela! gronda Damville avec un accent de rage et de désespoir.
—Je voulais le faire: mais je ne l'ai pas fait. Ne me remerciez pas. J'enrage d'avoir gardé le silence: c'est mon fils qui m'a empêché de parler. Savez-vous ce qu'il m'a dit?... Plutôt que de révéler un secret confié à notre honneur, un secret dont je ne suis plus le maître, je me tuerais à vos yeux! Que Damville brûle Paris, s'il l'ose, pour s'emparer de nous! S'il faut mourir, nous mourrons du moins sans que nul au monde, pas même un félon comme lui, puisse nous accuser de félonie!... Voilà ce que m'a dit mon fils, et voilà pourquoi je me suis tu, monseigneur!
—Ainsi, fit Damville d'une voix rauque. Montmorency ne sait rien?
—Rien, monseigneur; ni lui ni personne!
Le maréchal poussa un profond soupir. Sa terreur avait été telle qu'il ne songeait même pas à relever ce terme de félon dont Pardaillan venait de le souffleter.
En quelques instants il eut repris tout son sang-froid.
Il fit un pas comme pour se diriger vers celle des portes derrière laquelle se trouvait Orthès et ses arquebuses.
Mais, se ravisant soudain, il se retourna vers Pardaillan.