—Écrivez donc, alors! gronda le maréchal qui, se précipitant vers un meuble, en tira une écritoire et du papier.
Pardaillan ne bougea pas.
—Un mot, dit-il: j'accepte. Mais, malheureusement, je ne puis accepter que pour moi seul.
—Ecrivez toujours! Je me charge de convaincre le chevalier!
—Attendez donc, monseigneur. Je connais mon fils. Vous n'avez pas idée de sa méfiance. Il se méfie de moi. Il se méfie de lui-même. Il se méfie de l'ombre qui suit ses pas. Oui, monseigneur, plus d'une fois j'ai rougi de le voir si méfiant alors que j'ai, moi, un respect sans bornes pour les paroles d'un personnage tel que vous.
—Que signifie? gronda le maréchal.
—Cela signifie, monseigneur, qu'en lisant ma lettre, mon fils s'écrierait: «Comment! mon père est prisonnier du maréchal de Damville et il veut que je l'aille rejoindre, sous prétexte qu'il a fait la paix avec monseigneur! Allons donc! Vous êtes fou, mon père! Est-ce que vous ne savez pas que M. Damville est un fourbe, un félon—c'est mon fils qui parle!—un être pétri de ruse qui voudrait nous tenir tous les deux et nous occire ensemble? Mais sa ruse est par trop grossière. Je suis jeune et veux vivre. Quant à vous, mon père, qui avez assez vécu, mourez tout seul, puisque vous avez eu la sottise d'aller vous fourrer dans la gueule du loup!...» Voilà ce que dirait le chevalier en recevant ma lettre; il me semble l'entendre éclater de rire...
—Ainsi, fit Damville, les dents serrées, vous n'écrivez pas?...
—Cela ne servirait à rien, monseigneur. Et puis, tenez, admettons que, par impossible, mon fils se décide à me rejoindre. Savez-vous ce qui arriverait?
—Voyons!