Un homme entra qui, stylé d'avance, saisit toutes les lettres cachetées et sortit en toute hâte, sans avoir dit un mot. Deux minutes plus tard, Maurevert vit appa raître dans la cour le même homme. Il remit une lettre à l'un des courriers, et le courrier partit aussitôt à fond de train; puis il passa au deuxième, qui partit à son tour, puis au troisième... Au bout de cinq minutes, tous les courriers étaient partis.
—La prochaine fois que vous verrez votre ami le duc de Guise, dit tranquillement Catherine, vous lui direz que vous avez vu partir mes courriers porteurs de dépêches pour chacun de nos gouverneurs. Vous ajouterez que chacune de ces dépêches donne l'ordre à nos gouverneurs de rassembler leurs troupes et de marcher sur Paris, pour y arrêter les insensés qui ne craignent pas de conspirer contre le roi. Dans quelques jours, monsieur de Maurevert, soixante mille hommes marcheront sur Paris, pour protéger le roi!
Maurevert sentit un long frisson lui courir le long des reins, comme si la hache du bourreau se fût levée sur son cou.
«Je suis perdu», murmura-t-il en s'inclinant.
Catherine le regarda un instant avec une sombre expression de doute, de mépris et de triomphe.
Elle avait d'ailleurs menti.
Ses lettres contenaient l'ordre au gouverneur d'arrêter tout courrier qui ne serait pas muni d'un sauf-conduit, tout fuyard venant de Paris, et de faire saisir tout huguenot dans une sorte de vaste rafle.
«Relevez-vous, monsieur», reprit la reine.
Maurevert obéit.
—Si vous êtes franc, poursuivit Catherine, je vous donne vie sauve.