L'ESCADRON VOLANT DE LA REINE
Dans les rues qui avoisinaient le Louvre, la foule de bourgeois et de peuple enfin libre de toute entrave s'était répandue avec des hurlements si féroces que les postes de chaque porte crurent prudent de relever les ponts-levis.
On ne sait ce qui fût arrivé dans cette journée si le temps ne se fût soudainement couvert et si une forte pluie d'orage n'eût engagé les Parisiens à rentrer chez eux.
Cependant, deux ou trois milliers des plus enragés reçurent stoïquement les averses en criant de plus belle:
«Vive la messe! Vive la messe!»
Ce cri, les huguenots rassemblés dans le Louvre l'entendaient sans inquiétude: ils étaient les hôtes du roi de France, et il leur semblait impossible que le plus grand roi de la chrétienté manquât à ses devoirs d'hospitalité en les faisant malmener.
Ils étaient d'ailleurs parfaitement résolus à se défendre, et à défendre le roi lui-même. Beaucoup d'entre eux soupçonnaient la main de Guise dans toute cette effervescence populaire. Si les choses allaient plus loin, si Guise, dans un coup de folie, osait attaquer Charles IX, ils défendraient le roi et le maintiendraient sur le trône.
Mais la foule poussait aussi un autre cri, que Catherine écoutait avec un sourire aigu.
A un moment, elle entraîna son fils Charles vers un balcon en lui disant:
—Sire, montrez-vous donc un peu à votre bon peuple qui vous acclame.