Il était alors neuf heures et demie.
Les rues étaient désertes et noires; des nuages bas passaient en courant au-dessus des toits aigus; le couvre-feu avait sonné; les auberges et hôtelleries étaient fermées...
Laura ne s'apercevait pas qu'elle était suivie.
Elle allait au hasard, connaissant assez peu Paris, d'ailleurs: depuis l'époque où elle était venue, elle n'avait guère quitté la rue de la Hache. Enfin, elle se trouva complètement égarée.
Par moments, elle entrevoyait des ombres qui se mouvaient autour d'elle. Elle entendait des chuchotements. Peut-être l'homme qui la suivait parlait-il à ces gens... Peut-être... car, à diverses reprises, les ombres, qui avaient paru vouloir l'arrêter, s'écartèrent.
Alors elle frissonnait de terreur et hâtait le pas...
«Insensée que j'ai été! grondait-elle, de quitter la maison avant le jour, puisque Alice ne doit plus y revenir!... Oui, mais si la reine m'avait menti!... Si elle était revenue!...»
Et ses doigts s'incrustaient sur la sacoche.
A un moment, elle s'arrêta haletante: elle se trouvait dans une rue étroite et venait d'apercevoir un peu de lumière filtrant entre les jointures d'une porte.
Un large éclair déchira l'obscurité, inonda la rue d'une lumière livide. Et, à cette lueur, Laura entrevit une enseigne qui se balançait au-dessus de la porte en grinçant au vent.