Gillot, renversé sur le dossier de son fauteuil, se mit à rire aux éclats. Gilles fit chorus. Mais son rire, à lui, grinçait comme une vieille girouette et eût donné le frisson au neveu, si le neveu n'eût pas été occupé à ses agréables pensées.

—Or, continua Gillot, tout le monde, là-bas, se méfiait de moi. On devait soupçonner que j'étais pour quelque chose dans cette bonne farce; je vous le dis, mon oncle, il était temps que je m'en allasse... j'y eusse laissé ma tête... et je tiens à ma tête, moi...

Au souvenir de la mutilation qu'il avait subie, Gillot porta les deux mains à sa tête, soit pour s'assurer que cette tête était bien toujours à sa place, soit en signe d'adieu à ses oreilles défuntes. Il frissonna et parut se dégriser.

L'oncle se hâta de remplir son gobelet.

—Pour une farce, reprit Gillot après avoir bu, c'est une bonne farce! Le Pardaillan avait en moi une confiance! Et quand je lui ai assuré qu'il trouverait monseigneur tout seul... il a failli m'embrasser... Pauvre diable!

—Oui, mais il a voulu te couper les oreilles!

—C'est vrai! L'infâme!...

—Et la langue!

—Oui-da!... Qu'il y vienne, maintenant!...

Gillot saisit un couteau et voulut se lever. Mais il retomba pesamment assis et se mit à rire.