Il s'en allait tristement le nez à terre, la queue et les oreilles basses.
«C'est fini, songeait la pauvre bête, il m'a abandonné, je ne le verrai plus!»
Il atteignit ainsi l'hôtel Montmorency, se coucha devant la porte et attendit. Tout le jour, il demeura là, sourd à toute invitation du cuisinier, lequel, vraiment magnanime en cette circonstance, lui apporta sur le soir un succulent repas composé d'une carcasse de poulet.
Or, on était au soir du mercredi 20 août. Et cette date qui n'avait aucune importance pour le chien en a une pour nous.
La nuit vint. Pipeau, couché au fond d'une encoignure cherchait le sommeil et se livrait aux plus sombres réflexions, lorsque, tout à coup, il se remit sur ses quatre pattes; son nez se mit à remuer et à renifler sa queue s'agita doucement.
Pipeau avait-il flairé de loin son maître!... D'où lui venait cet émoi? D'où cette joie? Il nous en coûte de l'avouer, mais la vérité avant tout; Pipeau venait de flairer une chienne! Pipeau donc, s'était redressé, les yeux fixes, le nez interrogateur. Il ne tarda pas à apercevoir quatre ombres qui s'arrêtèrent juste en face de l'hôtel.
Ce groupe de quatre ombres se composait de deux hommes et de deux chiens.
Pipeau s'approcha. Les deux chiens grognèrent. L'un des deux hommes, d'une voix basse et rude, commanda:
—La paix, Pluton! La paix, Proserpine!
Pluton et Proserpine devaient être merveilleusement dressés car ils se turent à l'instant. C'étaient deux chiens de forte taille, deux sortes de molosses à poil rude, aux yeux sanguinolents, aux mâchoires formidables. L'un, le chien Pluton, était tout noir L'autre la chienne Proserpine, était toute blanche. Mais tous deux étaient de même race.