Proserpine, assise commodément sur son derrière, s'apprêta à juger ce combat dont, comme Chimène, elle était le prix.

Tout à coup. Pipeau recula.

Pipeau recula jusqu'à la carcasse de poulet qu'on lui avait apportée et à laquelle il n'avait pas touché, soit par tristesse, soit qu'il voulût ménager ses provisions. Il la prit dans sa gueule et l'apporta, oui, l'apporta... à qui? à Proserpine? pas du tout: à Pluton!

Pluton était un chien féroce et bête. Il se précipita sur la carcasse et la dévora incontinent. Après quoi il jeta sur Pipeau un regard d'étonnement et de reconnaissance; et, en signe de paix, agita sa queue, puis se coucha tranquillement.

Pipeau comprit que dès lors il était admis dans, l'amitié du gros chien.

Il se retourna aussitôt vers Proserpine et, en toute sécurité, recommença ses salamalecs.

Lorsque les deux hommes s'en allèrent, Pluton et Proserpine suivirent. Tout naturellement, Pipeau suivit.

Il oublia l'amitié pour l'amour. Il oublia sa tristesse. Il oublia son maître disparu. Il eût suivi Proserpine au bout du monde, d'autant plus que la ribaude faisait des grâces, jouait avec lui, et paraissait disposée à lui accorder ses faveurs.

Pluton marchait gravement, et peut-être, se disait-il qu'après tout un camarade qui offrait ainsi des carcasses de poulet méritait bien un petit sacrifice de sa part.

La bande arriva jusqu'à une grande maison de la rue des Fosses-Montmartre; une lourde porte s'ouvrit et Pipeau, se faufilant en douceur entre Proserpine et Pluton, entra dans la maison!...