—Ma foi oui, monsieur, répondit le chevalier dans la simplicité de son âme. J'aime la vie, je l'avoue. Et puis, il me semble que j'avais un rôle à jouer et que j'en ai esquissé les premiers gestes à peine. J'eusse voulu être un de ces hommes simples et dignes qui, la lance au poing, le coeur ferme et l'esprit libre, s'en allaient par le monde, afin de terroriser les méchants et de réconforter les faibles!

C'est en devisant de ces choses que les deux Pardaillan—évitant avec soin de parler de Loïse, l'un pour ne pas éveiller une suprême douleur chez son fils, l'autre pour ne pas pleurer,—atteignirent la nuit du vendredi, la dernière nuit.

Comme tous les soirs, ils s'endormirent paisiblement.

Comme tous les mâtins, le vieux Pardaillan se réveilla le premier, vers six heures. Un mince filet de jour se jouait sur le visage du chevalier; il souriait, rêvant sans doute de Loïse.

Le routier le contempla avec une inexprimable expression de tendresse et de douleur. L'heure terrible était arrivée. Un léger mouvement qu'il fit réveilla le jeune homme. Il ouvrit les yeux et vit son père, penché sur lui.

Alors, chacun d'eux frémit jusqu'au plus profond de l'être, et chacun s'efforça de garder un visage serein. Ils ne se dirent rien. Que se fussent-ils dit à ce moment suprême?

Enfin, après des heures qui leur parurent des minutes, ils entendirent dans le couloir un bruit de pas nombreux.

Ils s'étreignirent silencieusement, d'une longue étreinte d'adieu.

La porte s'ouvrit. Montluc parut. Il avait une escorte de vingt arquebusiers.

Montluc fit un signe: les gardes entourèrent les deux Pardaillan, qui eurent un dernier éclair de joie sombre en voyant que, jusqu'au bout, ils seraient ensemble.