La deuxième, dans le repaire de Damville, aux Fossés-Montmartre.

La troisième, dans le cabaret des Deux-Morts-qui-parlent.

Vers neuf heures, deux femmes couvertes de grands manteaux furent mystérieusement introduites dans la prison du Temple et conduites à l'appartement du gouverneur: c'était Pâquette et la Roussette.

Montluc les attendait devant une table chargée de mets et de vins. Et, pour avoir liberté complète dans l'orgie, il avait donné congé à ses trois valets et à sa servante, lesquels, heureux de cette aubaine, s'étaient empressés d'aller respirer au-dehors un autre air que celui de la prison.

—Vous voilà, mes tourterelles! s'écria Marc de Montîuc en éclatant de rire. Venez ça, que je vous embrasse!

Mais Pâquette et la Roussette, au lieu d'obéir, dégrafèrent leurs manteaux et les laissèrent tomber.

Montluc ouvrit des yeux énormes et demeura bouche bée. Les deux ribaudes lui apparurent vêtues de satin, le cou enfoncé dans de vastes collerettes, la taille pincée et amincie sur le devant, en pointe; des costumes, non de bourgeoises, mais de princesses. Elles étaient chargées de bijoux au cou, aux oreilles, aux poignets, aux doigts; elles étaient fardées comme des grandes dames.

Dans son ingénuité, Catho avait cru devoir faire les choses en grand et avait visé à la magnificence. Où s'était-elle procuré ces nippes? Au fond de quelque friperie de la Cour des Miracles? Peu importe.

Ce qui est sûr, c'est qu'elle avait transformé les ribaudes en princesses: seulement, il y avait des détails qui révélaient la parfaite ignorance de Catho en matière de costumes de cour. En outre, si les robes étaient de satin authentique, elles étaient fripées et tachées. Les bijoux étaient en verroterie et en cuivre. Les deux ribaudes s'étaient fardées, mais elles l'étaient outrageusement.

Telles qu'elles étaient, elles s'admirèrent naïvement, et à peine leurs manteaux furent-ils tombés que, s'avançant vers Montluc ébahi, elles exécutèrent les trois révérences que Catho leur avait apprises.