A deux heures, il roulait sur le plancher, serrant contre lui, dans une étreinte furieuse, les deux reines dont les robes étaient en lambeaux, dont les coiffures s'étaient déroulées, dont les fards s'étaient liquéfiés et se mêlaient en un coloris sans nom sur leurs visages.

Bientôt on n'entendit plus que les ronflements énormes du soudard.

Alors, Pâquette et Roussette se relevèrent et prêtèrent l'oreille.

Sous leurs fards, elles étaient livides et des frissons les secouaient.

***

Transportons-nous maintenant à la maison des Fossés-Montmartre. Il est onze heures du soir. Le maréchal de Damville vient de rentrer. Il est sombre: ordre du chef de la conjuration de ne rien tenter contre le Louvre! Tous les grands projets remis à plus tard!... Mais, en même temps, une joie funeste jaillit de ses yeux en flammes de cruauté: on lui livre son frère! Il est chargé d'attaquer l'hôtel de Montmorency; c'est lui qui doit mettre à mort celui qu'on appelle le chef des politiques.

Et, dans cet hôtel de Montmorency, c'est Jeanne de Piennes qu'il va enfin reconquérir!...

Son frère mort, Jeanne est à lui!

Le maréchal traverse les vastes salles de sa maison. Elles sont remplies de soldats, les uns aiguisent leurs dagues sur des pierres; d'autres visitent leurs pistolets; d'autres chargent leurs arquebuses; tout cela se fait silencieusement. Sur des tables sont posées d'énormes cruches de vin. Tantôt l'un, tantôt l'autre se verse un grand gobelet.

Damville a fait signe à une douzaine de gentilshommes qui l'attendent. Et il va s'enfermer avec eux pour donner à chacun des ordres et lui indiquer sa besogne. Mais, avant de disparaître, il demande où est son favori, le vicomte d'Aspremont, et on lui répond qu'Orthés est avec ses chiens. Damville va le voir et le trouve dans une cour qu'éclairent deux torches.