Le libraire Kervier. avec un certain Charpentier commandait à une bande de truands, déjà ivres de vin, en attendant qu'ils fussent ivres de sang. Ce Charpentier était un docteur plus ou moins savant, mais rival haineux du vieux Ramus.

Le maréchal de Tavannes, posté sur le grand pont écoutait, penché sur l'encolure de son cheval. Deux cents fantassins, la pique au poing, avaient l'oeil fixé sur sa haute silhouette noire.

A chaque pont, il y avait ainsi un barrage de fantassins. les chaînes étaient d'ailleurs tendues du côté de l'Université, pour que ces troupes ne pussent être assaillies par-derrière.

A chaque carrefour de la ville, il y avait un capitaine de quartier et cinquante bourgeois en armes.

Derrière les portes fermées de toutes les maisons catholiques, des gens, prêts à se ruer au-dehors la figure livide, écoutaient le silence.

Le silence était énorme; c'était le silence de la mort.

XXX

LES MYSTÈRES DE LA RÉINCARNATION

Vers ce moment-là, c'est-à-dire entre deux et trois heures du matin, à cet instant solennel où des souffles d'angoisse faisaient frissonner la nuit, une scène effroyable se déroulait au Temple, avec, pour uniques personnages, le vieux routier et son fils, le chevalier de Pardaillan.

C'était une de ces scènes qui, par l'épouvante qu'elles dégagent, dépassent l'imagination et devant lesquelles la plume du romancier hésite et tremble. Mais, pour la présenter au lecteur, nous devons, pour quelques moments, nous attacher aux faits et gestes d'un personnage sur lequel nous concentrons toute notre attention.