—Voyez, madame, reprit Ruggieri, l'intérieur de ce coffret est doublé en beau cuir de Cordoue... Ce cuir de Cordoue, qui est à lui seul un objet d'art, gaufré selon les méthodes secrètes de la tradition arabe, ce cuir est légèrement parfumé, comme vous pouvez vous en assurer.
Catherine, sans hésitation, aspira le parfum d'ambre qui se dégageait légèrement de l'intérieur du coffret.
—Il n'y a aucun danger à respirer ce parfum, reprit le chimiste. Seulement, si vous touchiez ce cuir, si vous laissiez votre main dans ce coffret pendant un temps suffisant, soit une heure environ, les essences dont il est imbibé se communiqueraient à votre sang par les pores de la peau, et dans une vingtaine de jours vous seriez prise d'une fièvre qui vous emporterait en trois ou quatre jours.
—Très bien. Mais quelle vraisemblance y a-t-il que je laisserais ma main dans ce coffret pendant au moins une heure?
—A défaut de votre main allant trouver le cuir de Cordoue, le cuir ne peut-il pas lui-même venir trouver votre main?... Je vous offre ce coffret... Vous lui donnez une destination quelconque... Il vous servira à renfermer l'écharpe que vous mettez à votre cou, les gants qui vont s'adapter à votre main. L'écharpe, les gants séjournent dans le coffret, leur vertu est dès lors aussi efficace que la vertu même de ce cuir.
—Voilà un vrai chef-d'oeuvre, murmura la reine.
Ruggieri se redressa. Son orgueil de chimiste trouvait dans ce mot la récompense de son patient labeur.
—Oui, dit-il, c'est là mon chef-d'oeuvre. J'ai mis des années à combiner les éléments subtils capables de s'adapter à la peau comme à la tunique de Nessus; j'ai veillé des nuits et des nuits, j'ai failli cent fois m'empoisonner moi-même pour trouver cette essence qui se communique par le toucher, et non par l'odorat ou par le palais. Dans ce coffret redoutable, j'ai enfermé la mort que j'ai ainsi réduite à l'état de servante docile, muette, invisible, méconnaissable. Prenez-le, ma reine. Il est à vous.
—Je le prends! dit Catherine.
En effet, elle referma soigneusement le coffret et s'en empara. Elle le garda un instant dans ses deux mains levées à hauteur de ses yeux, et murmura: