Voici ce qui s'était passé:
Il y avait dans le Temple une garnison de soixante soldats. Elle était divisée en deux groupes qui occupaient deux postes. La Roussette et Pâquette, après avoir ficelé solidement le gouverneur Montluc, avaient pris deux trousseaux de clefs et étaient descendues en toute hâte. Dans l'une des cours sur laquelle s'ouvrait la grande porte du Temple, il y avait un poste. Quarante soldats y dormaient; la Roussette s'approcha de la porte massive et la ferma à double tour: les soldats ne pouvaient plus sortir, les fenêtres étant grillées!
Alors elles coururent ouvrir la porte basse où Catho devait entrer.
Malheureusement, il y avait un deuxième poste. Outre ce deuxième poste, il y avait les geôliers, les sentinelles.
Un officier, qui faisait sa ronde, se heurta dans une cour à l'armée des ribaudes.
Au bruit de la décharge et de la bataille qui commençait, les soldats du deuxième poste, qui n'étaient pas enfermés, accoururent. Les geôliers s'habillèrent en hâte et descendirent. Les sentinelles se replièrent sur le champ de bataille... En voyant le Temple envahi par cette légion de mendiantes hurlantes et vociférantes, ils crurent d'abord à une vision de cauchemar. Mais les coups pleuvaient. Ces femmes en guenilles frappaient et leurs coups portaient...
Pendant quelques minutes, ce fut, dans la cour, un vacarme effrayant que couvrait le tumulte déchaîné sur Paris.
Une vingtaine de truandes et ribaudes gisaient sur le sol. Mais autant de soldats étaient tombés.
Elles bondissaient, poussaient des cris assourdissants, rouges de sang, les cheveux épars, sorcières en délire: enivrées par le sang, enfiévrées, furieuses, hagardes; les soldats pliaient, se débandaient, on n'entendait plus que des plaintes sourdes, de rauques imprécations et, finalement, un grand hurlement de triomphe éclata.
Les derniers soldats ou geôliers survivants s'étaient précipités dans un couloir dont ils poussèrent la porte affolés terrorisés par cette irruption inouïe de mégères endiablées. Seuls, un officier, un sergent et un soldat demeurèrent dans un coin.