Téligny n'était pas mort. Il agonisait. Ses yeux effrayants s'ouvrirent et se fixèrent sur ce visage penché sur lui. Il fit un suprême effort.
—Face de traître! râla-t-il.
Et, dans ce même effort, il cracha au visage du capitaine et expira. Cosseins se releva et recula vivement tout pâle, en essuyant sa face souillée.
Bême, cependant, d'un coup d'épaule, avait défoncé la porte.
Il entra. Coligny était au lit. La chambre était éclairée par deux grands flambeaux.
A demi relevé sur les oreillers, l'amiral apparut si calme, si majestueux, que les forcenés eurent une hésitation. Près de lui, le pasteur Merlin lisait dans un livre de prières. Coligny qui, depuis une heure, écoutait l'effroyable tumulte, Coligny qui avait compris la hideuse vérité, Coligny n'avait pas essayé de fuir.
Toute tentative eût d'ailleurs été inutile; dès les premiers instants, Cosseins avait placé partout des gardes.
Lorsqu'il vit entrer Bême, il se tourna légèrement vers le pasteur et lui dit d'une voix étrangement paisible:
—Je crois qu'il est temps de réciter la prière des morts.
—Merlin fit un signe approbatif et tourna quelques feuillets de son livre.