Bême sourit: sa rapière était deux fois plus longue que l'épieu; il était sûr d'embrocher ce jeune fou et après, il ferait son affaire au vieux.
Le chevalier marcha sur lui et, cette fois, Bême pâlit.
Le vieux routier, au milieu de la cour, s'était croisé les bras.
Le chevalier arrivait sur le colosse, et sa physionomie était méconnaissable, avec ses yeux effrayants de fixité.
Bême, coup sur coup, lui porta deux ou trois bottes: elles furent parées par l'épieu qui, soudain, se trouva à un pouce de sa poitrine. Le colosse recula, d'abord lentement, puis plus vite; il rugissait, bondissait, multipliait les coups, effaré, stupéfait de voir qu'aucun ne portait. Il reculait. Et, après chacun de ses coups, à chacun de ses arrêts, il voyait la pointe de l'épieu sur sa poitrine.
Tout à coup, il se trouva acculé à la grande porte.
Devant lui, le visage effrayant du chevalier.
Bême comprit qu'il était dans la main de la fatalité.
—Je vais donc mourir! bégaya-t-il. Ah!... Est-ce que par hasard Dieu...
Ce fut sa dernière parole. Comme il levait son poignard dans un dernier effort désespéré, le chevalier lui porta le coup—le seul qu'il lui eût porté—un seul coup.