Et il pénétra dans le cimetière sans avoir l'air d'apercevoir la bande qui s'engouffra derrière lui et le suivit.
Frère Lubin marcha tout droit à la tombe d'Alice de Lux.
—Que vois-je? cria-t-il de sa plus belle voix. De l'aubépine qui vient de fleurir?...
Et, tombant à genoux, il leva les bras au ciel en tonitruant:
—Miracle! Miracle! Loué soit le Seigneur!
—Miracle! Miracle! hurlèrent les acolytes, comparses probablement inconscients de la comédie qui se jouait.
—C'est Dieu qui manifeste sa volonté.
—Mort aux hérétiques!
Ces cris se croisèrent pendant quelques secondes. Fuis frère Lubin entonna le Te Deum, repris en choeur par les gens qui l'entouraient. D'autres, entendant des clameurs, entraient dans le cimetière. Le bruit du miracle, rapidement colporté, se répandait dans tout le quartier; des gens accouraient, se pressaient parmi les tombes; au bout d'un quart d'heure, une foule énorme emplissait le cimetière, et chacun put se rendre compte qu'un magnifique buisson d'aubépine avait fleuri en plein mois d'août!...
Frère Lubin cueillit le buisson d'aubépine dont il eut soin de ne pas laisser une seule branche.