—Donc, pour la tranquillité de mes derniers jours, pour toi, ma chère Marie, et aussi pour ce pauvre innocent, tu vas me jurer de m'obéir par-delà ma mort...

Elle se prit à sangloter et, espérant le calmer, répondit:

—Je te le jure, mon bon sire.

—Très bien, dit le roi. Je te sais femme à tenir parole, même quand tu sauras ce que je vais te demander. Écoute, Marie. Quand je serai mort, si tu es seule, tu seras en butte à mes ennemis qui voudront te faire payer le seul bonheur que j'aie connu en ce monde...

—Qu'importe! s'écria la jeune femme, alarmée par ce qu'elle prévoyait. J'aime mieux souffrir, pourvu que je sois seule. Et puis, pourquoi songerait-on à persécuter une pauvre femme qui ne demande que d'élever son enfant!

—Ah! Marie, tu ne les connais pas. Peut-être te ferait-on grâce, à toi... Mais l'enfant!... On redoutera les prétentions de ce pauvre petit qui est de sang royal, on voudra l'écarter... et la meilleure manière d'écarter les gens, vois-tu, c'est de les tuer!...»

Marie Touchet eut un cri de terreur et demeura toute tremblante.

—On le tuera, Marie! si loin que tu ailles, si bien que tu te caches, on l'empoisonnera... on l'égorgera.

—Tais-toi! oh! tais-toi!...

—La seule manière de le sauver, c'est de placer près de toi et de lui un homme fidèle, brave et bon qui veillera sur vous deux parce qu'il en aura le droit, parce qu'il sera ton mari!... Parmi tant de traîtres qui m'entourent, il est un gentilhomme que j'aime et que tu estimes à sa valeur: c'est Entraigues... ce sera ton époux...