On n'a peut-être pas oublié qu'après son enquête à Margency, enquête qui établissait d'une manière éclatante l'innocence de Jeanne de Piennes, le maréchal avait commandé à son intendant d'aménager toute une aile du château pour deux princesses qu'il comptait héberger. C'est dans cette partie du château que furent installées Loïse et Jeanne de Piennes.

Le maréchal voulait entreprendre de sauver la raison de celle qu'il avait adorée, qu'il adorait encore, et il imaginait de frapper vivement l'esprit de la pauvre folle en la conduisant un jour à Margency...

Mais, un devoir plus immédiat sollicita son courage et son dévouement. A peine Jeanne et sa fille furent-elles installées qu'il fit sonner le tocsin du manoir. Il ordonna à son capitaine d'armes de fermer les portes, de lever les ponts-levis, de faire couler dans les fossés les eaux qui en étaient détournées en temps de paix, de faire charger les vingt-quatre pièces d'artillerie, d'armer en guerre les quatre cents hommes de la garnison, enfin, de tout préparer pour soutenir au besoin un long siège.

En même temps, il envoyait des estafettes dans plusieurs directions.

François de Montmorency eut un entretien avec le chevalier de Pardaillan. Les dernières résolutions y furent prises.

Le 25 août 1572, vers trois heures, il y avait près du château deux mille quatre cents cavaliers bien montes, bien armés. Ce corps de cavalerie fut divisé en deux brigades, fortes chacune de douze cents hommes.

Le maréchal prit le commandement de l'une; Pardaillan fut mis à la tête de l'autre.

Puis, chacun d'eux s'élança dans une direction différente; et ces deux hommes, qui laissaient derrière eux tout ce qu'ils aimaient au monde, partirent sans regrets apparents pour remplir un devoir d'humanité.

Le maréchal s'élança vers Pontoise; de là, il battit le pays jusqu'à Magny, puis poussa droit au nord et arriva jusqu'à Beauvais. Partout où il passait, il rassemblait ceux qui étaient en état de porter les armes, leur parlait fortement, leur racontait les horreurs de Paris, et enfin les décidait à s'opposer, les armes à la main, à toute tentative de massacre.

Là où les ordres de Catherine étaient déjà arrivés, là où on commençait à tuer, il fondait tout à coup sur les massacreurs, faisait jeter en prison les plus enragés et décrétait que tout homme pris à violenter, molester ou piller, serait pendu haut et court, sans procès.