Pendant la campagne du maréchal et du chevalier, la santé de Jeanne de Piennes avait achevé de se rétablir. Sa beauté était redevenue éclatante; toute pâleur avait disparu; cette ombre de mélancolie, qui couvrait son visage à l'époque où on l'appelait encore la Dame en noir, s'était dissipée. C'était dans ses yeux et sur ses lèvres un soupir de bonheur.

Hélas! ce bonheur n'était qu'un rêve!

C'est à son rêve que souriait la pauvre démente...

Quant à Loïse, la blessure qu'elle avait reçue de Maurevert sur la colline de Montmartre s'était cicatrisée moins promptement qu'on n'aurait pu s'y attendre, il est vrai; mais enfin, lorsque le maréchal et le chevalier étaient rentrés au château, il n'y avait plus qu'une légère trace rosée indiquant que Loïse avait été frappée là.

Sa santé, à elle aussi, s'était rétablie. Elle avait même pris une bonne mine qu'elle n'avait jamais eue. L'incarnat de ses lèvres, l'animation extraordinaire de son teint étonnèrent le maréchal. Il est vrai que, parfois, elle devenait soudain d'une pâleur mortelle et se mettait à grelotter; mais cela durait deux minutes, et ne pouvait paraître alarmant.

En même temps, le caractère de la jeune fille se transformait.

Elle avait toujours été un peu mélancolique; elle devint d'une gaieté dont les éclats, par moments, amenèrent de soudaines épouvantes dans l'âme du chevalier.

Seulement, lorsqu'elle était seule, elle croisait quelquefois ses mains sur sa poitrine, et murmurait:

«J'ai là un feu qui me brûle, et lentement me consume...»

Le 25 avril, devant toute la seigneurie de la province, tandis que les cloches de Montmorency sonnaient, et que les canons faisaient entendre des salves joyeuses, le contrat de mariage fut signé dans la grande salle d'honneur du château.