Là-dessus, le vieux routier se leva et embrassa Huguette deux fois sur chaque joue, ce qui faisait bonne mesure. Puis, se rasseyant, il leva son verre, et dit gravement: «A votre santé, jolie Huguette!»

—Monsieur, fit alors l'hôtesse toute rêveuse, je n'oublierai jamais la bonne pensée qu'a eue pour moi monsieur le chevalier. Dites-le-lui, je vous prie. Et, je veux à mon tour lui témoigner ma gratitude par un avis...

—Parlez, ma chère...

—Eh bien! dites-lui bien qu'elle l'aime! fit Huguette avec un soupir.

—Qui cela? s'écria Pardaillan, étonné.

—Celle qu'il aime, la jolie demoiselle... Loïse... Elle l'aime, continua Huguette, j'en suis sûre. J'ai vu ce pauvre jeune homme si malheureux...

—Ah! ma chère Huguette, vous êtes un ange!...

—Si malheureux que je n'ai pu m'empêcher de le lui dire à lui-même. Répétez-le-lui, et, lorsqu'il sera le mari de Loïse, qu'il se souvienne que c'est moi qui lui ai annoncé son bonheur.

—Corbleu! Dites que vous lui portez bonheur, ma bonne Huguette. Ah! c'est ainsi?... Ah! bien, voilà qui change diablement les choses!... Vive Dieu!... Que je vous embrasse encore!...

Sur ce, nouvelle embrassade. Après quoi, le vieux Pardaillan continua son repas, avec une infinie satisfaction.