—Madame, dit Guise ébloui, j'admire votre génie. Il sera donc fait comme vous dites. Je me présenterai au roi en lieutenant-général de la Ligue... et non...

—Et non en sujet par trop fidèle! acheva Catherine avec un sourire aigu. A propos, ajouta-t-elle en toussant et en jetant un rapide regard vers la tapisserie, il sera de toute nécessité de vous assurer le concours de Rome...

—Rome! fit-il sourdement. Tenez, madame, il est temps que le pape s'occupe un peu plus des affaires de l'Eglise et un peu moins des affaires de la France. Sixte est envahissant.

—Prenez garde, mon fils... Sixte est puissant...

—Il l'a été, madame!... Nous pouvons aujourd'hui nous passer de lui. Par son despotisme, il s'est attiré la haine d'une foule de cardinaux. Qu'il prenne garde lui-même!

—Ce que je vais dire à Votre Majesté est tellement incroyable que j'ose à peine le croire moi-même... Seulement, sachez ceci: c'est que, si la Chrétienté a comme chef visible Sixte-Quint, elle a aussi un chef occulte...

—Oh! ceci est impossible!... Un schisme!...

—Pourquoi pas, madame! Si le schisme assure la prédominance du pouvoir royal!

—Hélas! dit Catherine. Je ne souhaite rien voir de ce que vous m'annoncez là... je ne souhaite plus qu'une chose au monde... C'est que mon fils vive à peu près tranquille les deux mois qui lui restent à vivre... après quoi, je m'éteindrai, n'ayant plus rien à faire sur cette terre.

Guise s'inclina avec une apparente émotion. Puis, il alla lui-même ouvrir la porte. Son escorte apparut aux yeux de la vieille reine...