Il se mit à rire doucement.

—Savez-vous comment m'appelaient les cardinaux du conclave?... Ils m'appelaient l'Âne!... Oui, ma fille, l'Âne de la Marche. Et c'est pour cela qu'ils m'ont élu... Et puis, ils croyaient que j'allais mourir, tellement j'étais courbé, penché vers la terre... Jugez de leur terreur lorsque je me redressai tout à coup, une fois élu!... Votre Guise est pleutre, madame. Votre Guise est un pourceau, madame!

Sixte se mit à rire doucement, mais, si doux que fût ce rire, il était formidable. Catherine, malgré elle, frissonna. Le pape, tout à coup, se tourna vers elle:

—Votre fils Henri, madame, est un pauvre prince. Lorsque Guise, malgré sa défense, est allé le braver jusque dans le Louvre, c'était le moment, pour le roi, de se défaire d'un homme qui pouvait le perdre. Il fallait alors...

Il s'arrêta brusquement... Catherine s'était penchée comme pour recueillir avidement la parole qui autorisait, sanctifiait pour ainsi dire le meurtre du duc de Guise.

—Guise, reprit le pape, m'a demandé de l'argent pour exterminer l'hérésie en France. Cet argent, je l'ai apporté, madame: trente mules chargées d'or arrivent sur Paris.

La reine frémit.

—Je vous remercie, continua Sixte, de m'avoir révélé un Guise que je ne connaissais pas; les millions qui viennent s'en retourneront à Rome.

La reine respira.

—C'est vrai, poursuivit le vieillard, j'ai eu peur d'Henri de Béarn. J'ai eu peur de voir l'hérésie s'asseoir, avec cet homme, sur le trône de France. La France, perdue pour l'Eglise, madame, c'était une de ces catastrophes auxquelles les papes doivent parer coûte que coûte... Malgré toute mon affection pour vous, j'ai donc dû abandonner Henri III. Et je me suis tourné vers Guise... J'avoue que le duc m'apparaissait, avec la Ligue, comme le champion des destinées de l'Eglise. Je me suis trompé... vous venez de me le prouver... Votre fils est faible... Qui donc va nous sauver de l'hérésie?...