Le redoutable capitaine semblait ne rien voir autour de lui, ni ce respect mêlé de terreur qui courbait les têtes sur son passage, ni l'angoisse de cette multitude. Il ne voyait que la bohémienne Saïzuma qui, une main sur la bride du cheval, s'avançait, lentement, énigme vivante; et, près d'elle. Belgodère qui vociférait.
Du haut de la fenêtre, le cardinal avait vu Guise marchant vers Belgodère. Sans quitter son poste, il se tourna alors vers le fauteuil d'ébène, et dit:
—Ils sont venus!...
La mystérieuse inconnue qui s'appelait princesse Fausta se leva et, d'un pas de déesse, s'approcha:
—Violetta! Violetta! clamait à ce moment Belgodère en apercevant le duc de Guise qui venait à lui.
L'enfant, pareille à un rayonnement d'aurore, apparut sur le devant de la charrette, ses longs cheveux blonds épars sur ses épaules de neige, timide, craintive, effarouchée.
La princesse Fausta darda un regard où couvait une flamme d'incendie, sur cette vision de charme intense et pur qu'était Violetta.
—Henri, murmura-t-elle, Henri de Guise, tu m'appartiens! Tu seras roi parce que je veux être reine! Maîtresse de la France et de l'Italie, Henri, périsse donc tout ce qui t'empêche de m'aimer... moi, moi seule! Périsse Catherine de Clèves, ta femme! Périsse cette Violetta que tu adores!
Et d'une voix brève, soudain devenue métallique et dure:
—Cardinal, voici l'heure d'agir... Voyez cet homme sur qui reposent d'immenses espérances. Croyez-vous qu'il pense à ce trône qu'il touche grâce à nous? Depuis trois mois, depuis qu'à Orléans il a vu une pauvre fille de Bohème dont il porte partout l'image, Guise hésite: il nous échappe et il est perdu pour nous... si je ne lui arrache du coeur la racine même de cette passion!