Le prieur des Jacobins s'appelait Bourgoing. C'était un homme de forte corpulence, au visage réjoui, fort enclin à se mêler de politique, mais, au demeurant, pas méchant. C'était d'ailleurs un fanatique partisan de Guise et de la Ligue; il tenait Henri de Valois en profonde horreur.
Le soir où nous pénétrons dans le couvent des Jacobins, le prieur, commodément installé sur les coussins d'un vaste fauteuil, écoutait un de ses moines qui semblait sa vivante antithèse. Maigre, la figure ascétique, illuminée par deux grands yeux brûlés de fièvre, la bouche sévère, tel était ce moine qui venait d'achever un récit où il avait dû confesser quelque grave péché, car il baissait la tête, tandis que le prieur souriait.
—Hum, fit enfin messire Bourgoing, évidemment, mon fils, vous avez eu tort d'entrer dans cette taverne, où vous risquiez de rencontrer Satan. Et vous dites, mon fils, que ces femmes se sont à demi déshabillées?...
—Hélas! mon révérend, il n'est que trop vrai! dit le moine d'un ton de profond désespoir.
—Mais enfin, frère Clément, vous avez résisté?
—Oui, mon révérend.
—Et triomphé?... En somme, vous êtes sorti victorieux de cette épreuve? Savez-vous que c'est fort beau, frère Clément?... Vous vous abstiendrez pendant quatre jours de toute nourriture, hormis le pain et l'eau: vous direz trois fois dans la nuit le psaume de la pénitence. Allez en paix...
Le moine s'inclina et sortit, les bras croisés sur la poitrine, le capuchon rabattu sur les yeux. A peine fut-il sorti de chez le prieur que celui-ci se leva, alla ouvrir une porte, et, alors, une femme enveloppée entièrement d'un manteau sombre, entra... C'était la duchesse de Montpensier.
—Vous avez entendu? demanda Bourgoing.
—Oui, fit la duchesse, ce pauvre jeune homme a bien peur du péché... Et pourtant, ajouta-t-elle, le péché ne se présente pas à lui sous une forme si effrayante...