Une sourde fureur l'animait contre ce pape Sixte, dont il avait reçu l'envoyé venant lui annoncer que Sa Sainteté, épuisée par des pertes d'argent, était dans l'impossibilité de le secourir... Moins de deux heures après cet envoyé. Guise avait reçu la lettre de la princesse Fausta, lui disant que l'argent était là!... Maineville, envoyé pour s'assurer du fait, revenait bientôt le confirmer!... Et Guise, dévoré de rage et d'impatience, se perdait en suppositions sur les causes de cette brusque défection du pape... Car, enfin, si l'argent était là, c'était pour lui qu'il était venu!...
L'expédition avait aussitôt été résolue.
Picouic et Croasse aperçurent la petite troupe qui s'avançait en bon ordre.
«Rentrons au moulin, maintenant», dit Picouic. Il s'élança. Croasse, terrifié, l'imita. Mais, au bout de quelques pas, pris de frayeur, il buta et tomba sur les genoux. Picouic continua seul son chemin en courant. Alors, Croasse se releva et se remit à descendre à toutes jambes vers la chapelle Saint-Roch. Mais, à ce moment, la troupe signalée était sur le point d'atteindre elle-même cette chapelle; Croasse entendit les pas pesants des hommes d'armes cuirassés et casqués de fer. Il frémit et se vit perdu.
Mais, au moment où la troupe de Guise commençait à tourner la chapelle pour s'engager dans le sentier où était assis Croasse, un dernier instinct de défense le galvanisa; il se releva, bondit et, se hissant sur une borne, put atteindre, grâce à ses longs bras, la fenêtre qui éclairait le choeur de la chapelle. D'un coup de coude, il défonça les vitraux et, bientôt, il se laissa glisser à l'intérieur. La troupe conduite par Maineville passa.
Tout autre que Croasse eût jugé que le danger était passé en même temps. Mais, si Croasse ne brillait pas en général par l'imagination, à cette minute, cette imagination surexcitée par la peur enfanta des incidents: il entendit des chuchotements autour de la chapelle, bien qu'il n'y eût personne.
Croasse chercha, éperdu, un trou de, souris où se fourrer, et parcourut la chapelle dans l'obscurité, se heurtant aux bancs, aux sièges. Soudain, il tomba tout de son long: au même instant, une décharge d'arquebuse éclata au loin. Il se cramponna à un anneau de fer que ses mains rencontrèrent, et il s'arc-bouta à cet anneau comme un noyé s'accroche au fétu de bois. Or, à force de s'arc-bouter et dans les mouvements spasmodiques de sa frayeur. Croasse Constata tout à coup que la dalle à laquelle était scellé l'anneau se soulevait.
Une sorte de long boyau s'ouvrait devant lui. Il se précipita. L'obscurité était profonde, absolue. Où aboutissait ce souterrain? Croasse courut à perdre baleine. Soudain, son front heurta contre quelque obstacle. Croasse eut la sensation d'avoir reçu un coup de masse d'armes. Il tomba et s'évanouit...
Pendant ce temps, Picouic avait continué sa course, et ce ne fut qu'en arrivant au moulin qu'il s'aperçut de la disparition de son compagnon.
«Le lâche a fui! Ah! Croasse, tu nous déshonores!...»